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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, December 2016

Orchestral Music - BACH, J.S. / MOZART, W.A. / HAYDN, J. / BEETHOVEN, L. van / SCHUBERT, F. (Michael Gielen Edition, Vol. 1 (1967-2010)) SWR19007CD
BRUCKNER, A.: Symphonies Nos. 1-9 (Michael Gielen Edition, Vol. 2 (1968-2013)) SWR19014CD

A la fin du mois d’octobre 2014, Michael Gielen, dans un communiqué laconique, renonçait à la direction pour raisons de santé. La nouvelle fit peu de bruit en dehors d’Allemagne, mais à Baden-Baden et à Freiburg, l’émotion fut considérable de voir s’éloigner à jamais du podium ce musicien impeccable qui fut l’âme d’un orchestre souvent remodelé.

Le 20 juillet dernier, il passait le cap des quatre-vingt dix ans, le temps d’un vaste regard rétrospectif sur son œuvre était venu, la volonté de quelques proches et l’engagement de la Radio de Sarre aboutirent rapidement au lancement d’un projet excitant : éditer l’ensemble des enregistrements conservés dans les archives de la SWR.

Voici les deux premiers volets de cette édition qui alternera des volumes monographiques (Beethoven, Mahler, Brahms, Bartók, Stravinski, les Viennois, aujourd’hui Bruckner) et des structures composites : le projet une fois mené à terme, devrait approcher les cent disques, documentant l’art de Gielen des années soixante à la première décennie du XXIe siècle.

On constate dès les deux premiers volumes l’unité de son style : les prises de son, toujours excellentes, changent, les orchestres—Radio de Saarebruck, Symphonique de Baden-Baden und Freiburg, évoluent, mais cet art demeure pertinent, acéré, un rien froid, l’intellect y primant sur l’expression.

Pour les classiques, le résultat est souvent stupéfiant comme le prouve des Mozart alertes et tonnants, symphonies « Linz » et « Haffner », mais surtout Danses ou Marches, toutes dominées par un brillant Thamos, König in Agypten qui ne le cède en rien pour la véhémence des chœurs et la splendeur de l’ensemble à celui de Nikolaus Harnoncourt. On voit bien là le souci qu’eut toujours Gielen de révéler des partitions oubliées défendues tel des chefs-d’œuvre. Si son Haydn manque un rien de détente, il affiche un classicisme aussi solaire qu’inaltérable, mais il faut bien concéder à ses Ouvertures de Beethoven une pointe de génie : ce geste hautain qui laisse le drame se tendre sans rien précipiter, quel leçon !

Le premier volume, qui s’ouvre sur un rare document montrant Gielen pianiste jouant un Prélude et Fugue du Clavier bien tempéré, se clôt sur deux disques Schubert, l’un prenant dans la musique de Rosamunde et se refermant par la transposition de La Jeune fille et la Mort selon Gustav Mahler (mais avec quelques interventions du chef), l’autre dévoilant une lecture d’un Offertoire où brille le ténor de Thomas Moser et d’une étreignante Messe D. 678.

Et Bruckner dont le second volume offre l’intégrale des neuf Symphonies enregistrées de 1968 à 2013 ? On l’associe moins fréquemment à l’art de Gielen que Gustav Mahler, dont il proposa des relectures drastiques.

Loin d’y chercher la transe mystique, ou d’en sublimer les paysages sonores, Gielen prône des lectures particulièrement soignées, éclairant les polyphonies, ne cédant jamais à une tentation expressionniste. Certains trouveront le propos limité, mais partition en main, l’intégrité de son approche nous donne à entendre tout le texte, et rien que le texte. Prochain volume annoncé, une anthologie Brahms en 5 CD, de quoi explorer une face assez peu connue de l’art de celui qui, né en Allemagne, mais éduqué à Buenos Aires, fréquenta assidument Erich Kleiber dans la fosse du Teatro Colon. La source de son style objectif ? © 2016 ARTAMAG’



Sébastien Gauthier
ConcertoNet.com, August 2016

Après un premier volume consacré à divers compositeurs (Bach, Beethoven, Mozart…) et en attendant un prochain entièrement dédié à Johannes Brahms, voici le deuxième coffret de la «Michael Gielen Edition» consacré quant à lui à une intégrale des Symphonies d’Anton Bruckner (1824–1896) patiemment gravées au fil du temps, entre 1968 et 2013. Reconnu avant tout pour ses qualités d’interprète du répertoire du XXe siècle, Gielen a également secoué le monde de la musique classique en interprétant de façon parfois abrupte le grand répertoire comme en témoignent par exemple ses Symphonies de Beethoven. Il allait donc de soi que cette intégrale brucknérienne allait être originale à plus d’un titre.

Et la première caractéristique tient avant tout aux éditions choisies. Certes, on sait que, entre les versions «originales» ou révisées par Leopold Nowak ou Robert Haas, les résultats peuvent sensiblement différer; en l’espèce, on passe un nouveau cap. Si certaines symphonies bénéficient là d’éditions fréquemment utilisées (on pense à la Septième ou à la Neuvième, sachant que les versions Nowak ou Haas de la Cinquième ne comportent que peu de différences), le choix pour d’autres œuvres étonne davantage. Pourquoi par exemple avoir recouru à la première version de 1874 de la Quatrième, qui souffre de malfaçons assez nombreuses, à l’inverse par exemple des éditions plus courantes et plus solides établies par Haas (1881) ou Nowak (1886)? Si le choix de l’édition Linz 1890 pour la Première existe parfois (c’est sur elle que Claudio Abbado avait jeté son dévolu pour un de ses derniers enregistrements avec l’Orchestre du Festival de Lucerne), force est de constater que la version de 1877 est bien plus convaincante. Et surtout, que dire du choix de l’édition 1888 pour la Huitième où les scories de composition, les enchaînements, les bizarreries sont légion? Là encore, on s’en retourne bien vite (certes par habitude d’écoute mais pas seulement…) à l’édition Haas.

Quant à l’interprétation, connaissant par ouï-dire l’intransigeance de Michael Gielen, on ne s’étonnera guère d’y retrouver une certaine sécheresse, voire une certaine rudesse. Le troisième mouvement de la Première Symphonie ou le dernier mouvement de la Cinquième en pâtissent fortement. Les choix de tempi font qu’en plus d’une occasion, on entend une œuvre lourde, qui n’avance guère et ne séduit que peu. Le début du premier mouvement de la Première est assez pesant tandis que le dernier mouvement de cette même symphonie frappe par son emphase et sa grandiloquence là où on souhaiterait davantage de vivacité. Le célèbre troisième mouvement de la Quatrième déçoit de bout en bout en raison de son caractère pompier, le cor solo prenant son thème de façon assez allante mais sans prendre aux tripes. Le Scherzo de la Septième est interprété de manière caricaturale mais ce n’est rien à côté des premiers et deuxième mouvements de la Huitième, très pesants, joués avec des chaussures de plomb que Gielen ne quitte d’ailleurs jamais vraiment tout au long de cette symphonie. De même, on se demande comment on peut diriger de façon aussi retenue le Scherzo de la Neuvième.

En écoutant cette intégrale, on peut finalement se demander si Michael Gielen aime cette musique, car, en plus d’une occasion, il nous semble passer totalement à côté de ce que devrait être à notre sens Bruckner. Prenons par exemple la Deuxième Symphonie au caractère printanier si marqué. Si le deuxième mouvement possède de belles couleurs quasi mahlériennes, Gielen ne prend pas assez son temps dans le trio central du troisième mouvement, l’expédiant plus qu’autre chose. Quant au dernier mouvement, on ne ressent à aucun moment cette course à l’abîme que l’on aime tant par exemple chez Giulini (Testament), l’interprète idéal de cette œuvre à notre sens. La Quatrième ne distille pas ses paysages brumeux et grandioses pourtant souhaités par Bruckner lui-même: là encore, pour le mystère et l’orchestre somptueux, on s’en retourne bien vite par exemple chez Böhm avec Vienne (Decca).

Un des problèmes de cette intégrale vient peut-être aussi des deux orchestres (l’Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck n’intervenant que pour la Deuxième symphonie), dont le niveau est parfois un peu juste. Dans la Deuxième justement, outre qu’il joue faux, le cor solo éprouve de sérieuses limites techniques dans le premier mouvement (à 8’50) tandis que la trompette solo accroche fortement à 15’40. Dans le troisième mouvement, la clarinette est laide au possible (à 1’38 ou à 9’02) et les cors ratent la plupart de leurs fins de phrases, l’ensemble des cuivres étant presque pénible à écouter dans le dernier mouvement. L’Orchestre symphonique du SWR de Baden-Baden et Fribourg n’est pas non plus exempt de reproches, qu’il s’agisse de la Cinquième où il est très moyen tout au long de la symphonie (où sont les cordes?), de la Septième (où la trompette rate son entrée en pleine lumière dans le deuxième mouvement, à 15’35) ou de la Huitième, un des ratages les plus complets de cette intégrale. Soyons honnête néanmoins: il existe quelques réussites. Dans le premier mouvement de la Troisième, le passage à partir de 9’ est superbe tandis que la Sixième ainsi que les premier et troisième mouvements de la Neuvième bénéficient également d’une très belle interprétation.

Pour autant, on l’aura compris, tant pour les choix éditoriaux que pour la qualité globale de l’ensemble, voici une intégrale à ne privilégier qu’en second choix. Outre les versions isolées, Karajan, Jochum, Maazel et Haitink demeurent bien entendu prioritaires, Gielen ne pouvant être abordé que par ceux qui connaissent déjà bien Bruckner bien que ce soit là aussi à double tranchant car, une fois que l’on a «adopté» une édition et plus encore une version chez ce compositeur, qu’il est difficile de s’en départir… © 2016 ConcertoNet.com





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