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Christine Labroche
ConcertoNet.com, September 2016

Marcus Creed a conçu et enregistré avec succès plusieurs programmes à thème avec une pareille hauteur de vue à la tête de l’Ensemble vocal de la SWR de Stuttgart, dont il est le directeur artistique depuis 2003. Les thèmes peuvent concerner l’art choral d’un compositeur en particulier—Villa-Lobos, Hindemith ou Schnittke, par exemple—des pays tels le Royaume-Uni ou la Russie, ou encore les moments religieux qui rythment l’année en Europe, que l’on soit croyant ou non. Après des chants diversement accompagnés pour le calendrier de l’Avent (SWR Music), il propose un programme principalement a cappella de chants pour le temps de Noël, augmenté de chants marials. L’originalité cohérente du programme et la grande qualité de la prestation libèrent ce récital des chaînes saisonnières de son thème en en révélant l’intemporalité universelle.

Les chants ont en commun un certain enracinement en la musique ancienne—médiévale ou de la Renaissance—que ce soit par le choix de texte, par la modalité, ou par certaines sonorités harmoniques ou polyphoniques. Trois chants en relèvent directement. Les deux motets anonymes pour six voix d’hommes proviennent de manuscrits anglais du XIVe siècle naissant. Syllabiques et de style isorythmique, Ther is no rose, tendrement recueilli, et le plus vigoureux, voire le plus rustique Verbum Patris s’étoffent ou s’affinent grâce à une harmonie en duos, en trios ou à six. L’image mariale de la rose se retrouve dans le chant de Noël traditionnel Es ist ein Ros entsprungen harmonisé par Michael Praetorius (1571–1621) en 1609. A double choeur, l’arrangement presque mystique du compositeur suédois Jan Sandström (né en 1954) garde intact le chant en cantus firmus lumineux mais en ralentit le tempo pour l’habiller d’un halo sombre et instable de voix à bouche close.

Trois autres Volkslieder de Noël attirèrent l’attention de Heinrich Kaminski (1886–1946), qui en fit des arrangements strophiques, d’apparence hymnique de prime abord, mais la clarté de la direction de Creed et la pureté vocale de son ensemble en révèlent le fin contrepoint savant et la fluidité gracieuse des rythmes doucement balancés.

Avec une pensée pour Tomás Luis de Victoria, Francis Poulenc (1899–1963) renoue de nouveau avec la polyphonie française pour composer les Quatre Motets pour le temps de Noël (1951) si justement célèbres. Soignant la variété d’intensité, le chœur allemand en donne une interprétation limpide et précise, la transparence lumineuse de «Videntes stellam» tout particulièrement réussie. Arvo Pärt (né en 1935) fonde son style tintinnabulant sur le langage musical médiéval estonien qui lui inspire cette intense expressivité spirituelle à la fois austère et profondément émouvante qui marque tant de ses œuvres. Pour les sept Magnificat-Antiphonen (1988), sur des textes liturgiques destinés aux vêpres des sept derniers jours de l’Avent, il explore à sa manière unique le plain-chant et la polyphonie orthodoxes, les émaillant de silences prégnants et de subtiles frottements harmoniques. Bien que chantant en allemand, l’Ensemble vocal articule le texte liturgique avec des attaques à la manière russe qui redoublent de puissance lors des forte presque déclamatoires. Les sopranos d’une pureté absolue et les basses qui savent faire retentir le basso profondo accentuent encore la nature tant archaïque que moderne de cette composition aux intervalles si caractéristiques.

La harpe orne et accompagne la Ceremony of Carols (1942) de Benjamin Britten (1913–1976). C’est un cycle de mélodies inspiré non par la musique ancienne mais par un recueil de poèmes des XIVe, XVe et XVIe siècles anglais, pour la plupart anonymes. A l’origine écrit pour un chœur de femmes à voix égales, le cycle augmenté et parachevé se destine in fine à un chœur de garçons de haut niveau. Creed, autrefois choriste à King’s College, Cambridge, obtient de son chœur féminin et de ses deux solistes des voix séraphiques pratiquement sans vibrato qui s’adaptent aux styles très variés des neuf poèmes, puissantes, joyeuses, colorées, délicates, fragiles ou tendres. Britten atteint un merveilleux équilibre entre une écriture résolument moderne aux fines dissonances harmoniques et de subtils renvois aux sonorités de la musique ancienne accentués par l’ajout en plain-chant d’une «Procession» et d’une «Récession» en introduction et en conclusion sur le texte liturgique «Hodie Christus natus est». Il confie le septième volet à la harpe seule—la petite harpe fut l’un des instruments privilégiés de la Renaissance anglaise. Maria Stange, toujours sensible, discrète et efficace, semble cueillir dans les airs des sons translucides nimbés de mystère qui s’assemblent et s’évanouissent à l’envi. Sur l’ensemble, l’interprétation magistrale des choristes féminins de Stuttgart garde intacte toute la grâce cristalline de ce cycle remarquable.

Marcus Creed, maître éloquent de l’art choral, obtient encore une fois de l’excellent Ensemble vocal de la SWR de Stuttgart une prestation de haut niveau. L’interprétation des choristes, précise, juste et d’une grande sensibilité expressive, se distingue par une souplesse vocale à toute épreuve qui leur permet de s’adapter sans peine apparente aux situations les plus délicates, ardues ou extrêmes. C’est une réussite. © 2016 ConcertoNet.com





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