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Didier van Moere
Avant Scène Opéra, December 2016

RAVEL: L'HEURE ESPAGNOLE Testament SBT1511
RAVEL, M.: Orchestral Works, Vol. 4 - Shéhérazade / L'heure espagnole (d'Oustrac, Fouchécourt, South West German Radio Symphony, Denève) SWR19016CD

Un compositeur qui dirige a toujours quelque chose à nous dire, surtout s’il s’appelle Bruno Maderna. Les premières mesures de L’Heure espagnole suffisent pour que se perçoivent de mystérieux frémissements, un travail sur la sonorité. La direction allie une générosité latine avec un sens irrésistible du rythme—dans les trois temps valsés, notamment. Et l’humour perce volontiers à travers les notes. La distribution est francophone… même si elle vient parfois d’ailleurs. L’Australien John Cameron, en effet, dont le Fieramosca dans Benvenuto Cellini—en anglais, cette fois—allait nous confirmer la vis comica, campe un Ramiro aux biceps impeccables, qui a peu à envier aux barytons de l’Hexagone. Suzanne Danco, en revanche, articulation exemplaire et ligne parfaite, reste très dame en Concepcion et peine à s’encanailler—on la préfère chez Ansermet. Chez le chef suisse se trouvait aussi l’impayable Michel Hamel en Torquemada freluquet, authentique trial, ainsi que l’Inigo coquin ou languissant d’André Vessières—le meilleur de tous, jamais grotesque, drôle mais classieux, timbre mat mais ligne sans raideur. Jean Giraudeau fait du Giraudeau, parfait pour les préciosités ridicules de Gonzalve, accusant néanmoins des tensions dans le passage—huit ans plus tôt, chez Cluytens, il était plus ductile. Ce beau concert de la BBC n’apporte guère à la discographie : les “trois cœurs” sont plutôt pour la version suivante.

Stéphane Denève prend un parti plus intéressant pour ce quatrième volume d’une intégrale Ravel qui, déjà, s’annonce majeure : celui de l’opéra au second degré, avec des sonorités d’une générosité gourmande, saturées de parfums capiteux. Il joue moins sur les rythmes que sur les timbres, dans une grande souplesse agogique. Si vous cherchez un Ravel acéré, vous passerez votre chemin. Si vous voulez regarder son orchestre au fond des yeux et vous laisser griser, vous saluerez l’artiste. Le comique, ainsi, s’estompe un peu, d’autant plus que les personnages chantent plus un opéra qu’une « comédie musicale »—ce qui n’exclut nullement une articulation affûtée. Yann Beuron, par exemple, plus conquérant que ridicule, multiplie les maniérismes en forme de clins d’œil, suivant d’ailleurs à la lettre les indications de Ravel : peu ont creusé aussi profond la partie de Gonzalve—dommage seulement que, comme pour Giraudeau, ce soit un peu tard. Ramiro enamouré, presque timide, Alexandre Duhamel ne joue pas les gros bras, aussi distingué que l’Inigo de Paul Gay, qui n’a rien d’un banquier bedonnant… mais sont-ils toujours à L’Heure espagnole ? On comprend en tout cas que la Concepcion de Stéphanie d’Oustrac, femme insatisfaite du Torquemada impeccable de Jean-Paul Fouchécourt, leur tourne la tête : rouée, aguicheuse, prenant d’irrésistibles poses, avec une pointe de gouaille qui n’est jamais vulgarité -plus fidèle à l’esprit de l’œuvre que ses deux soupirants clés de fa. Bref, on peut discuter la perspective, mais elle est remarquablement assumée par un chef et des chanteurs à l’unisson. Stéphanie d’Oustrac séduit moins dans Shéhérazade, sans doute victime d’une concurrence redoutable… comme celle, entre autres, d’une certaine Suzanne Danco. © 2016 Avant-Scène Opéra





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