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Pierre Degott
ResMusica.com, February 2013

L’originalité et la réussite de ce DVD proviennent tout d’abord d’un curieux appariement, qui met en parallèle deux œuvres, deux raretés devrions-nous dire, appartenant à des époques et à des esthétiques bien différentes. En effet, mises à part leurs origines russes bien marquées – encore que Perséphone, créée à l’Opéra de Paris en 1934, pourrait presque passer pour un ouvrage français –, tout semblerait opposer le postromantisme tardif du dernier Tchaïkovski – Iolanta est son dernier opéra, donné quelques mois avant son suicide – et le modernisme un rien cubiste du jeune Stravinsky, en pleine phase de réécriture des mythes fondamentaux. Nous sommes en tout cas aux antipodes au lyrisme de bon aloi encore de mise avec Iolanta. Il n’est pas sûr non plus que Perséphone, inspiré d’un poème assez obscur d’André Gide, soit l’œuvre la plus palpitante de Stravinsky, même s’il l’on arrêtera à certains passages d’une réelle beauté.

Et pourtant, les parallèles entre les deux œuvres affluent, ce que ne manquent de souligner ni la mise en scène de Peter Sellars, ni la direction orchestrale de Teodor Currentzis. On soulignera tout d’abord la thématique centrale, qui aborde chez l’un et l’autre des deux ouvrages le passage – littéralement et métaphoriquement, et pour Perséphone dans les deux sens…—l’obscurité à la lumière. Dans Iolanta, l’héroïne accède à la lumière et à la connaissance par l’expérience de l’amour et du désir ; dans Perséphone, l’héroïne prend la décision de rester aux Enfers, six mois par an, tant elle est émue par ce qu’elle a eu l’occasion d’y voir. Dans les deux cas, l’héroïne est longtemps cachée du monde par un de ses parents (Déméter pour Perséphone, le roi René pour Iolanta), et chacune des deux femmes se voit donc « transformée » par sa nouvelle vision. Sur le plan musical, l’utilisation dans les deux cas du quatuor à cordes permet elle aussi d’entrevoir des passerelles entre des ouvrages dont la mise en scène se plaît à souligner les dénominateurs communs.

Pour les deux ouvrages, les différents personnages évoluent dans un dispositif unique, constitué de quatre portiques ornés de roches. Derrière ces derniers coulissent de grands panneaux de couleur qui permettent ainsi d’alterner les ambiances lumineuses, à chaque fois ajustées à la situation en cours. Si certains déplacements ou positionnements sont parfois quelque peu hermétiques, on ne pourra pas, en revanche, rester insensible à la beauté des tableaux, et notamment à la force et à la puissance émotive des éclairages. Les costumes, d’une grande simplicité dans leurs couleurs unies, participent de ce qu’on pourra lire comme une sorte d’ascèse spirituelle. Car c’est bien la dimension spirituelle des deux ouvrages qui est mise en exergue, dans ce qui est finalement, dans les deux cas, une forme de rite de passage esthétisé. L’excellent choix, pour la partie musicale, d’insérer le sublime « Hymne des Chérubins » extrait de La Liturgie de Saint Jean Chrysostome de Tchaïkovski à la fin de Iolanta relève de cette même volonté.

Inutile de rajouter que tous les artistes sont engagés à plein dans cette aventure, à commencer, pour la partie chorégraphiée, par les quatre artistes cambodgiens en tenues respectivement bleue (Perséphone), jaune (Démeter), rouge (Pluton) et grise (Mercure/Démophoon/Triptolème). Les chanteurs russes réunis sur le plateau de Iolanta, à l’allure et à la voix juvéniles, sont tous parfaitement crédibles, et certains rachèteront les prestations vocales de leurs valeureux aînés (Gedda, Vichnievskaïa) autrefois fixées sur l’enregistrement discographique de Rostropovitch, dans doute la seule référence à ce jour. Pour Perséphone, la prestation de Dominique Blanc dans le rôle parlé de l’héroïne pourra paraître quelque peu artificielle et forcée – mais peut-être cela est-il dû à la sonorisation dans un espace comme celui du Teatro Real ? – et Paul Groves forcera l’admiration par la recherche de ses phrasés. Dans un rôle plus lyrique, on rêverait évidemment de davantage de suavité vocale.

L’investissement total qui a gagné le plateau marque également le chœur du Teatro Real, véritablement touché par la grâce. Et dans la fosse, le chef d’orchestre Teodor Currentzis est de toute évidence le grand complice de l’entreprise.

Une réalisation surprenante donc, mais qui, par les choix esthétiques et musicaux opérés, ne devrait laisser aucun spectateur indifférent. © 2013 ResMusica.com





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